Le Prix des Découvreurs 2019 : des élèves critiques littéraires

 

Le Prix des Découvreurs, prix littéraire qui vise à faire connaître aux élèves de lycée la poésie contemporaine et les petits éditeurs, a été créé, à l’origine, par Georges Guillain dans la Ville de Boulogne-sur-Mer en 1997. C’est aujourd’hui un dispositif national soutenu par le CRDP de Lille, le Printemps des poètes et l’association Les Découvreurs.

 

Pour la première fois cette année, le Lycée Joffre de Montpellier a proposé aux élèves de 1°S10 de tenter l’aventure de la poésie contemporaine. Il s’agissait de faire lire aux élèves les 7 ouvrages de la sélection 2018/2019 en proposant aux jeunes des ouvrages à la fois susceptibles de trouver un écho aux questionnements de leurs personnalités adolescentes toujours en construction tout en cherchant à présenter un panorama des formes modernes d’écriture et des voix singulières qui se font jour dans l’édition de poésie actuelle. Les recueils proposés cette année étaient donc les suivants :

  • Camille Loivier, La terre tourne plus vite, Tarabuste.
  • Eric Poindron, Comme un bal des fantômes, Le castor astral.
  • Lili Frikh, Carnet sans bord, La rumeur libre.
  • Paul de Brancion, L’Ogre du Vaterland, éditions Bruno Doucey.
  • Ali Thareb, Un homme avec une mouche dans la bouche, éditions des lisières.
  • Alexandre Billon, Lettres d’une île, p.i. sage intérieur.
  • Laure Gauthier, Kaspar de pierre, La lettre volée.

 

Dans le cadre d’une collaboration entre le CDI et l’enseignement de littérature en Première S, le parti pris de notre proposition était d’inciter librement les élèves à lire au moins 2 ou 3 ouvrages des 7 présentés et chaque élève devait obligatoirement restituer une critique finale de l’un des ouvrages, cette lecture étant intégrée comme lecture cursive pour la présentation du bac de français en fin d’année.

 

Après avoir présenté le projet aux élèves, ainsi que le dossier proposé via le blog des Découvreurs, une lecture d’extraits de chacun des 7 recueils a été faite en classe afin de donner à tous une idée de la teneur de chaque livre. Les élèves devaient ensuite lire progressivement et librement à leur rythme autant de livres que désiré. Des séances ont été organisées au CDI afin de présenter les ouvrages aux autres et de discuter de ces lectures, en donnant un point de vue argumenté, afin de préparer l’écriture des critiques littéraires.

 

Chaque élève a choisi au final un seul ouvrage et a écrit sa critique en suivant la consigne suivante : « Dire de manière à la fois argumentée et subjective en quoi l’ouvrage critiqué est représentatif de la poésie contemporaine ». Les élèves ont sélectionné le recueil d’Ali Thareb, Un homme avec une mouche dans la bouche (éditions des Lisières), avec une mention spéciale pour Carnet sans bord de Lili Frikh et L’ogre du Vaterland de Paul de Brancion. Mais c'est Alexandre Billon, avec Lettres d'une île qui a remporté le Prix cette année.

 

Les élèves se sont montrés intéressés et impliqués dans ce projet dès le départ, tout en s’avouant un peu démunis face à la poésie contemporaine, jugée difficile et réservée à une élite de lecteurs spécifiques. Les discussions tout au long du projet ont fait ressortir des questions passionnantes sur la place et la fonction de la poésie dans la société, sur l’implication du lecteur et la responsabilité de l’auteur.

 

Finalement, les impressions globales des élèves sont très positives, faisant ressortir essentiellement le fait que ce prix propose une sélection diversifiée, souvent accessible en terme de lecture et permet un certain éveil à des questions comme celle de la fonction poétique, de son utilité. Ce fut aussi pour eux une expérience sensible, un contact avec un certain regard intérieur qui a pu être touché par le biais de ces lectures. Ils ont été très attentifs au travail sur la langue, à l’exigence de construction que nécessite l’écriture. Surtout, l’objectif de notre démarche était atteint, au moins chez beaucoup d’entre eux, celui de favoriser chez les élèves une ouverture, une intégration intime de la démarche qui consiste à s’approprier de façon personnelle un texte et non pas de suivre simplement une prescription institutionnelle ou d’autorité.

 

Les réserves émises concernaient surtout la difficulté d’accès de certains textes qui nécessitaient, selon les élèves, des connaissances particulières (littéraires ou philosophiques) ainsi que le caractère parfois trop subjectif de certains textes lesquels échouaient, selon eux, à ouvrir sur l’universel. Enfin, les élèves ont reconnu par eux-mêmes qu’il aurait été plus intéressant et plus juste que tout le monde ait pu lire tous les textes de la sélection. 

 

Cette expérience de découverte de la poésie contemporaine a été fructueuse et réjouissante, enrichissante aussi pour nous adultes car les élèves ont fait bouger, par leurs réactions intelligentes et sensibles, nos propres conceptions ou les à priori que nous pouvions avoir sur certains textes. Ces lectures furent donc une aventure et une joie partagées. A renouveler ...

 

 

Cécile Vibarel

Jean-Baptiste Navlet

 

Liens vers les critiques de deux élèves de 1ère S10